Un lifting tous azimuts pour une agglomération durable

Aménagement de la vallée du Bouregreg


L’aménagement de la vallée du Bouregreg est un projet à l’échelle de la métropole qui, du haut de ses plus-values urbanistique, civilisationnelle, économique et sociale, ne peut avoir simplement pour but de fournir des espaces urbanisables mais de répondre, naturellement, à des finalités supérieures, a assuré le directeur général de l’Agence en charge des travaux (AAVB), Lemghari Essakl.

Ce projet grandiose, dont le coup d’envoi a été lancé en janvier 2006 par SM le Roi Mohammed VI, a pour vocation d’améliorer le cadre de vie des habitants, de corriger les inégalités territoriales et de construire une ville «durable», a-t-il indiqué dans un entretien accordé à la MAP, précisant que cette cure de jouvence ne peut avoir simplement pour but de «fournir des espaces urbanisables, tant elle répond à des finalités supérieures».
En premier lieu, a-t-il dit, il s’agit, par l’entremise de ce mégaprojet, de donner une véritable unité autour d’un espace central fédérateur et prestigieux à l’agglomération de Rabat-Salé mais aussi de restituer aux citadins des deux rives un espace d’usage commun, aménagé pour être un lieu de convergence et de convivialité, et conférer une valeur sociale de rassemblement à un espace resté jusqu’ici un vide interstitiel dans l’agglomération.

Il est aussi question de hisser la Capitale du Royaume au rang des grandes villes du bassin méditerranéen et en assurer le rayonnement. S’ajoute à cela l’ambition de créer des richesses et stimuler la croissance des activités économiques de l’agglomération et de la région, conférant à l’image de l’axe Rabat-Salé un dosage savant de dynamisme et de modernité.

«Cet enjeu fondamental et multiple supposait et suppose toujours une réponse créative et imaginative», a-t-il lancé.

Pour être «crédible», a confié le DG de l’Agence, il fallait développer la méthodologie et les indicateurs de performance appropriés, assurer la lisibilité et la cohérence des actions et promouvoir la dynamique institutionnelle et financière la plus susceptible de garantir le succès d’une opération «qui, rappelons-le, a fait l’objet de 6 tentatives infructueuses depuis les années 50».
Partant, a souligné M. Essakl, le dispositif stratégique global retenu pour restaurer les grands équilibres de la vallée, orchestrer la profonde mutation urbaine de l’agglomération et déclencher une puissante dynamique de développement régional, repose notamment sur une politique de mobilisation de l’assiette foncière articulée autour d’une stratégie d’apurement qui tire pleinement profit des dispositifs réglementaires prévus par la loi 16-04, instituant l’Agence pour l’Aménagement de la Vallée du Bouregreg.
Encore fallait-il concevoir une politique de réhabilitation du patrimoine historique et culturel de la vallée en plaçant l’héritage historique et civilisationnel comme matrice d’inspiration et en érigeant ce legs comme bien commun vivant.
En toile de fond, il était de rigueur de mettre sur pied une démarche de grands travaux visant la refonte complète du dispositif infrastructurel d’une partie centrale de l’agglomération et la préparation des nouvelles zones urbaines de développement,
Idem. Il est question de la construction de nouvelles infrastructures et d’édifices symboliques, en matière culturelle artistique, sportive notamment et, enfin, une politique d’urbanisation et de développement immobilier réfléchie, visant la création de nouvelles centralités et de bassins de vie homogènes et cohérents comme réponse crédible et durable aux nombreux dysfonctionnements constatés au niveau de ce territoire central.
Sur un autre registre, les différents axes d’intervention précités ont été matérialisés par une série de programmes d’investissements intégrés, promus et portés par AAVB depuis sa création et ont été consacrés par deux contrats programmes 2006-2012 et 2014-2018 signés avec l’Etat et des partenaires publics (DGCL, Fond Hassan II, Ministères…).
S’agissant du premier contrat programme, M. Essakl a précisé que le taux de réalisation y afférent a atteint 97 pc, expliquant que les 3 pc manquant correspondaient à quelques travaux de queue de programme situés sur la rive gauche (Rabat) devant la porte des Oudayas, «place Souk Laghzel» ainsi qu’à quelques travaux de voirie de la séquence 2 Al Sahat Al Kabirat.
En premier lieu, la politique des grands travaux réalisée et mise en œuvre avec succès par AAVB, a permis de doter l’agglomération d’un dispositif infrastructurel inédit consacré notamment par le Tramway de Rabat-Salé, le tunnel des Oudayas, le Pont Hassan II et le Pont Moulay Youssef.
Ces différents ouvrages avaient comme objectif central l’amélioration de la Mobilité à l’échelle de l’agglomération et ont sensiblement contribué à fluidifier le transit entre l’amont et l’aval de la vallée et à fédérer les deux rives et les deux villes jumelles. Par ailleurs, les aménagements hydrauliques de haute facture tel que la «Marina de Salé, les quais de la rive gauche (Rabat), le recalibrage du fleuve, les diguettes de calibrages et le renforcement des digues principales, le dragage du fleuve et son déroctage ont permis de restituer l’identité maritime du site et son passé glorieux, tout en conférant à la zone de l’estuaire une dimension touristique indéniable.

En parallèle, le bilan des réalisations a été conforté par un faisceau d’études urbanistiques et techniques qui ont permis une meilleurs compréhension de la zone et d’en apprécier les risques et les contraintes aux fins de d’organiser un avenir certain en matière de mobilité, de préservation de l’environnement, et du patrimoine historique et culturel.
Forts de cette expertise accumulée, les contours de la mutation urbaine voulue pour la vallée du Bouregreg se déclinent aujourd’hui dans la continuité d’un diagnostic stratégique approfondi ayant permis d’identifier les impératifs de la vision, d’évaluer les atouts et les handicaps de la vallée, de mesurer les contraintes pouvant survenir et de repérer les opportunités à saisir.

Concernant l’assiette foncière, M. Essakl y voit un élément clé du projet. Pour lui, la maîtrise du foncier est la pierre angulaire du développement urbain organisé et contrôlé de ce site exceptionnel de la Vallée du Bouregreg.

En plus concret, a-t-il dit, AAVB a constitué un patrimoine foncier considérable grâce une stratégie volontariste entamée depuis 2006. Son approche et sa méthodologie d’intervention avant-gardiste lui a permis dans un laps de temps très «réduit» d’annihiler toute velléité spéculative et d’assurer la possession de 100 pc des terrains urbanisables des séquences 1 (Bab Al Bahr) et 2 (Assahat Al Kabira) ainsi qu’une une part importante des séquences III et IV.

Les actifs fonciers et le patrimoine détenus actuellement par l’Agence recèlent une valeur totale de près de 4,2 Milliards de DH. Ce patrimoine peut provenir d’une part de la valeur vénale des bases foncières actuellement détenues par l’agence et situées au niveau des pièces urbaines du projet (séquence 1, 2, 3 et 4) et dont la majorité font l’objet de deal de cessions déjà scellés ou à un stade avancé de négociation, et d’autre de la valorisation des parts sociales encore détenues dans les filiales et participations de l’Agence (9 pc du capital de BBDC, 66 pc de STRS et 100 pc de Bouregreg Marina).

Dans le même registre, et dans une logique «redistributive», le premier contrat-programme a permis de restituer aux caisse de l’Etat plus de 1,6 milliard de DH sous forme notamment de retombées fiscales et de renouvellement des réseaux d’eau, d’électricité et de téléphonie. L’agence a également soutenu l’exploitation du Tramway en lieu et place de l’autorité délégante supposée assumer cette charge pour un montant de 300 Millions DH.

Une plus-value sociale et technique «indéniable». L’Agence, en partenariat avec les autorités locales a réussi à faire adhérer tous les habitants de l’agglomération aux projets de la vallée. Elle est aussi parvenue à éradiquer toutes les sources d’insalubrité du logement et a participé à la relocalisation des ménages dans des logements respectant la dignité et le développement humain.

L’activité de l’agence durant la première phase a créé des milliers d’emplois directs et indirects dans des domaines variés. Elle a aussi permis un transfert de savoir-faire dans plusieurs domaines de l’ingénierie des ouvrages d’art très complexes, tels le tunnel, les ponts et chaussées ainsi que le transport en site propre «Tramway».
D’après M. Essakl, l’expertise développée par AAVB profite aujourd’hui à l’échelle de la nation non seulement sur le plan juridique et institutionnel mais aussi et surtout sur le plan de la mise en œuvre.
Les projets du tramway de Casablanca et de Marchica ont profité de notre retour d’expérience et de toute l’expertise qui a été mise à leur disposition dans une logique de partage, cimentée par une convergence d’intérêt national, a-t-il relevé.
S’agissant des perplexités sur lesquels le projet a buté. M. Essakl a admis qu’engager une politique de développement territorial en milieu urbain est une entreprise particulièrement complexe, indiquant que la problématique d’un développement en milieu urbain comme c’est le cas pour le projet Bouregreg butait ainsi sur plusieurs contraintes.

Et de préciser que l’indisponibilité des bases foncières urbanisables en l’état ou complexité pour les libérer, complexité des aménagements nécessaires, problèmes de trafic routier, impératif de prendre en compte l’environnement immédiat du site du projet, de l’intégrer aux nouveaux espaces à créer, ainsi que la nécessité de valoriser l’existant, de réussir les greffes urbaines et de concilier les impératifs de leur pérennité et durabilité sont autant de point d’achoppements qui pouvaient hypothéquer à priori, dans l’esprit des citoyens, des observateurs avertis, et des investisseurs potentiels, la crédibilité de toute vision stratégique, aussi séduisante soit-elle.

En dépit de la difficulté de l’exercice et de sa complexité, s’est-il réjoui, AAVB tente d’intégrer l’ensemble de ces aléas en amont de ses différentes interventions en implémentant une politique de cartographie et de gestion des différents types risques financiers et techniques qui peuvent survenir. Cette approche permet d’asseoir des palliatifs et de déclencher des mesures alternatives quand cela est nécessaire.