«Le scandale du siècle» et un prélude à un débat sur l’objectivité de la presse internationale

Tentative d’extorsion de fonds du Maroc

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La tentative d’extorsion de fonds au Maroc par deux journalistes français constituerait, en cas de condamnation, « le scandale du siècle » et un prélude à un débat sur l’objectivité et l’intégrité de la presse internationale, ont souligné vendredi le président de la Fédération marocaine des éditeurs de journaux (FMEJ), Noureddine Miftah et le secrétaire général du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), Younes Moujahid.

Dans des déclarations à la MAP, MM. Miftah et Moujahid ont vigoureusement dénoncé les agissements des journalistes français, Eric Laurent et Catherine Graciet, interpellés, jeudi à Paris, pour tentative d’extorsion de fonds au Maroc.

Dans ce sens, M. Miftah a considéré que cette affaire constituerait, en cas de condamnation, « le scandale professionnel du siècle », qui « nous amène en tant qu’instances professionnelles à nous mobiliser avec d’autres organisations, en France même, qui ne tolèrent pas de tels procédés », soulignant que ce chantage est « un acte ignoble et condamnable qui est aux antipodes de la déontologie journalistique ».

Et de rappeler que 90 pc du contenu du livre « Le Roi prédateur », signé par Eric Laurent et Catherine Graciet, n’est qu’une reproduction de plusieurs articles déjà publiés par la presse marocaine, ajoutant que la publication de cet ouvrage couvait déjà une « tentative de vengeance » contre le Maroc. « Nous avions mis en garde contre le faible contenu éditorial du livre, bien avant que cette affaire n’éclate », a-t-il soutenu. « Nous sommes conscients que les adversaires du Maroc, notamment sur la question de l’intégrité territoriale, affectionnent ce genre de pratiques et soudoient les gens à cet effet », a fait observer M. Miftah.

Cette tentative d’extorsion constitue une «grande leçon» et un événement qui restera à jamais gravé dans l’histoire des relations entre la presse marocaine et son homologue française, a-t-il prédit. De son côté, M. Moujahid a fait part de la forte condamnation du SNPM de telles pratiques, soulignant que le journalisme est une profession qui érige l’éthique et la déontologie en fondamentaux. «Il est inadmissible, par principe, qu’un journaliste s’adonne au chantage».

Le secrétaire général du SNPM a dénoncé un acte lamentable, certes, mais qui ouvre le débat, aussi bien sur le plan national qu’international, sur ce genre de pratiques. «La presse, serait-elle devenue une profession d’extorsion de fonds et de chantage?. Et la position du journaliste changerait-elle en fonction des sommes perçues et des avantages offerts? » s’est-il interrogé.

Toutes ces questions et considérations doivent être prises en compte dans le débat sur cette affaire, a-t-il préconisé, insistant sur les principes professionnels et l’éthique qui doivent régir l’exercice de la profession journalistique, des principes que se partagent l’ensemble des professionnels à travers le monde. Selon M. Moujahid, ce genre d’agissements n’est pas inédit, appelant à une profonde réflexion sur ce sujet avec cette affaire en toile de fond. Sur le plan extérieur, le SG du SNPM a estimé que cette question doit être soumise à un réel débat de la part des syndicats et des organes de presse français et internationaux, du fait que de tels agissements ne sont pas fortuits et la réponse doit être à la hauteur de l’évènement. Eric Laurent et Catherine Graciet ont été interpellés, jeudi à Paris, pour tentative d’extorsion de fonds du Maroc, avait annoncé Me Eric Dupond-Moretti sur les ondes de la radio RTL. Selon Me Dupond-Moretti, avocat du Royaume, le journaliste français Eric Laurent avait contacté le Cabinet Royal pour annoncer qu’il se préparait à publier, avec Catherine Graciet, un livre sur le Maroc, mais qu’il était prêt à y renoncer si on lui remettait trois millions d’euros. Après une première réunion entre le journaliste et un avocat représentant la partie marocaine, le Royaume du Maroc a décidé de déposer plainte auprès du procureur à Paris. Une nouvelle réunion avec le journaliste français a été organisée sous le contrôle de la police et du parquet au cours de laquelle les propos d’Eric Laurent ont été enregistrés et des photos ont également été prises. Une information judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris et trois juges d’instruction ont été chargés d’instruire ce dossier.
Au cours de la troisième réunion tenue jeudi, sous le contrôle de la police, des sommes d’argent ont été remises à M. Laurent et à Mme Graciet, qui les ont acceptées et ont même signé le contrat, une signature qui atteste, selon l’avocat parisien, de «leur culpabilité, de leur chantage et de leur racket digne de voyous».